Photos prises à Nil et interview de Nicolas Braibant, agriculteur à Corroy-le-Grand (Le Soir – jeudi 18 novembre 2010)

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L’agriculture a aussi un rôle à jouer face aux risques de crues pour lutter contre l’érosion des terres

Le week-end passé, le Brabant wallon a eu son lot de coulées de boue. In fine, le monde agricole se retrouve à nouveau pointé du doigt parmi d’autres. Pourtant, des efforts sont faits. Par exemple dans le chef de Nicolas Braibant, éleveur et cultivateur (betteraves sucrières, blé, escourgeon, chicorée, maïs…) qui exploite la ferme des Noyers à Corroy-le-Grand (Chaumont-Gistoux) et celle de Lauzelle à Louvain-la-Neuve en association avec l’UCL.

Le raccourci entre inondations et pratiques agricoles est courant. Que répondez-vous à ceux qui empruntent ce chemin?

Je ne me tracasse pas. Beaucoup de gens disent souvent tout et n’importe quoi. D’abord, ce n’est pas de ma faute s’il pleut. Ensuite, cela fait des millénaires que l’eau qui tombe sur une terre vallonnée coule ensuite vers le bas. Personnellement, j’essaye de faire de mon mieux pour limiter les ruissellements et l’érosion… mais dans certaines limites. Car il ne faut pas oublier que l’objectif principal de l’agriculteur, c’est de pouvoir vivre de son activité.

Justement, comment luttez-vous contre l’érosion des terres et les coulées de boue qui peuvent en résulter ?

Grâce aux techniques de culture sans labour (TSL). En résumé, il s’agit de ne pas retourner la terre mais bien de travailler le sol le moins possible. Ce qui suppose évidemment l’utilisation d’autres outils qui, contrairement à la charrue, se contentent de fissurer le sol. Résultat: ce dernier est plus ferme tout en restant perméable. Mais, surtout, il est moins sujet à voir de la terre être emportée par les eaux de ruissellement.

Une pratique qui n’est pas généralisée. Pourquoi ?

Parce que cela revient à détrôner la bonne vieille charrue, illustration d’une culture de travail ancestrale. Pour tenter la technique sans labour, il faut croire qu’on y trouvera quelque chose de meilleur car c’est à la fois un engagement économique (du nouveau matériel est nécessaire, comme ce semoir qui a coûté 60.000 euros) et un changement d’habitudes.

Qu’est-ce qui vous a tenté puis convaincu ?

J’entendais du bien et du mal. J’ai voulu vérifier par moi-même pourquoi il y avait une telle polémique en consacrant une parcelle aux TSL. Car ce qui m’énerve, ce sont les gens qui en parlent sans connaître le sujet. J’ai aussi discuté avec des collègues, me suis documenté, ai assisté à des démonstrations… Ma conclusion: ce n’est ni blanc ni noir. Les deux systèmes ont des inconvénients mais aussi des avantages comme le gain de temps, l’économie de mazout… et l’érosion limitée.

Parallèlement, vous êtes aussi adepte des sols couverts tout au long de l’année…

Effectivement. J’essaye qu’il y ait toujours une culture en cours. Ce qui ne serait, par exemple, pas le cas si je ne semais rien entre les céréales récoltées en août et la culture prévue en mars de l’année suivante. Un objectif qui cadre bien avec l’obligation de planter des CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates, NDLR). Au départ, c’était perçu comme une contrainte par les agriculteurs. Aujourd’hui, on se rend bien compte qu’au niveau agronomique, c’est bénéfique, principalement en hiver lorsque l’activité microbienne est ralentie. Et, en plus, ça freine le ruissellement des eaux en évitant que les terres soient nues.

A part la TSL ou les CIPAN, mettez-vous en œuvre d’autres types de mesures ?

Oui : je me plie à certaines exigences européennes telles que les zones tampons lorsque les champs présentent une déclivité importante. Même si, selon moi, c’est un moyen préventif… inefficace car quand un terrain est en pente, ce ne sont pas six mètres de bande enherbée qui vont retenir les eaux.

Quid des haies, fascines, fossés… ?

Rien de tout cela. Les haies, je n’en veux surtout pas. Il y a des exemples tendant à illustrer qu’elles sont utiles ? Il y a aussi des contre-exemples. Et puis, les temps ont évolué, les parcelles sont devenues plus grandes, l’usage des machines s’est répandu… Bref, on ne reviendra jamais à l’ère des parcelles bigarrées. Le travail s’est rationalisé. C’est ainsi.

Et puis, comme vous l’avez dit précédemment, le but est d’abord de produire…

Il est même prioritairement économique. Notre marge de manoeuvre est déjà réduite, ne l’oublions pas. Il est facile de critiquer mais il faut tenir compte des réalités de terrain. Comme ce professeur de pédologie qui nous disait de travailler selon les courbes de niveau. Mais c’était un principe théorique. On voyait bien qu’il n’avait jamais conduit une machine à pommes de terre. Reste que s’il y a moyen de concilier la production avec la lutte contre les inondations, pas de problème. Mais ce n’est pas notre but premier

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